Article: "Mordre dans la vie à pleines dents, en douceur"
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par Claire Joris, journaliste, public relation de lasbl Cancer et Psychologie, article prévu pour mars 1997, à l'occasion de la parution du livre "... à toute vapeur" Une fois nest pas coutume, le journal de Cancer et Psychologie vous parle dun livre de cuisine au titre alléchant : « Cuisine Nature ... à toute vapeur », plus de 100 recettes santé pour les personnes pressées. Qui plus est, son auteur, Taty Lauwers, vous offre en primeur le secret de trois recettes pour concocter un repas aux mille saveurs. Mais au-delà du livre nous désirons vous faire part du témoignage de lauteur. Taty lauwers nous raconte son parcours semé dangoisse, de doute et de joie aussi. Opérée dun cancer du côlon à lâge de 39 ans, elle a décidé daccompagner son traitement par le recours à une alimentation plus saine et équilibrée. Ce faisant, elle a, selon ses propres termes, accompli une métamorphose physique et morale. Une véritable renaissance. CJ : Vous avez vécu dans une famille où on mangeait très mal. Vous incarniez le prototype de la superwoman pour qui les repas se résument au steak grillé, frites, salade préemballée, surgelés passés trois minutes au micro-ondes.... TL : Vous ajoutez louvre-boîtes et le tableau sera complet. Javais un estomac en béton et je ne men rendais pas compte. Depuis toujours, jai souffert de toutes les maladies : migraines, rhumatismes, grippes, tours de rein, déprime, problèmes de foie et jen passe. Je consommais une quantité incroyable de médicaments mais si vous maviez dit que jétais malade, je ne laurais pas cru. Ces maux faisaient partie de ma vie et je ne me posais pas de questions sur leurs causes physiques. CJ : Et puis des symptômes troublants vous font craindre le pire. Vous nosez en parler à personne sauf à votre médecin. La fatalité semble sacharner sur votre famille. Comment avez-vous vécu cette période dincertitudes et dangoisses ? TL : Durant lhiver 1992, je ressens une plus grande fatigue quà lhabitude, des douleurs dans le ventre, je perd du sang dans les selles. Javais un bébé de six mois et une fille de treize ans. Je craignais le pire, connaissant mon historique familial, mais prononcer le mot cancer métait impossible. Cétait comme si jallais créer la maladie par le seul fait de la dire. Ma mère était décédée dun cancer un an auparavant, mon père cinq ans plus tôt et mes deux grands mères, mes grandes tantes, avaient succombé au même mal. CJ : Vous vous confiez alors à dautres médecins, leur racontant votre passé familial et leur disant votre conviction davoir un cancer. Mais par un concours invraisemblable de circonstances, voire de négligences, les divers diagnostics envisagent tout sauf le cancer. Certains diraient que votre inconscient ne voulait pas connaître la vérité, que vous présentiez un tableau clinique trompeur ? TL : Il a fallu dix-huit mois pour que lon me confirme la nouvelle que je pressentais mais ne voulais pas attendre. Mon parcours est invraisemblable mais je nen veux pas aux médecins, quils soient homéopathes ou allopathes qui ont parlé de maladie de Crohn, de colite ulcéro-hémorragique, de dépression masquée, etc. En dépit de symptômes graves, ils avaient sans doute quelques raisons de croire que je somatisais à cause de tous les deuils éprouvés. Il est aussi peut-être désagréable pour un praticien de voir le patient lui présenter son propre diagnostic...De mon côté, à chaque diagnostic rassurant, je me rassurais. Aujourdhui, je me dis que ce parcours du combattant fait partie de mon destin. CJ : Avez-vous le sentiment quil a fallu toutes ces épreuves pour vous ouvrir à quelque chose dimportant dans votre vie ? TL : Certainement. Jai appris à me faire confiance et surtout à ressentir les appels de mon corps et à travers lui, ceux de mon cur. Quand jai appris la nouvelle, je me suis dit « tu savais avant tout le monde, tu avais raison ». Aujourdhui, quand jen ai trop fait, jécoute les signaux que mon corps me donne et je prends soin de moi. CJ : Comment avez-vous ressenti le choc de la mauvaise nouvelle ? Comme une fatalité familiale qui devait tomber sur vous ? Beaucoup de personnes éprouvent des sentiments de révolte, de dénégation, de colère, de dépression. Etait-ce votre cas ? TL : La dénégation ne ma pas effleurée puisque javais la confirmation du diagnostic que je pressentais. Mais cela ne ma pas empêchée de rester muette durant trois jours à lannonce du résultat de la biopsie. Jétais face à lurgence de lopération. Je pleurais, jétais angoissée et on ma donné des anti-dépresseurs. Après lopération, jétais presque gaie, malgré la perspective des chimiothérapies, prête à tourner la page puisque dans mon esprit, le chirurgien avait tout enlevé et dans mon inconscient probablement, javais enfin eu ce que je méritais. Je pouvais continuer ma vie davant ... ou presque. CJ : Pierre Cazenave, un psychiatre psychanalyste français, décédé dun cancer et ayant consacré lessentiel de sa pratique à des malades cancéreux, parle « dune ouverte psychique fugace qui se produit chez beaucoup de malades mais pas chez tous, cest à dire un questionnement profond et très douloureux. Sous la menace de la mort, des choses réémergent. Cet instant douverture, sil nest pas saisi par quelquun au bon moment se referme très vite comme pour tenter de cicatriser au plus vite la blessure psychique ». Avez-vous ressenti cette ouverture ? TL : Lapprentissage de la mortalité prend du temps, mais le véritable tournant dans ma vie sest produit lors de mes séances de chimiothérapies, deux mois après lopération. Les effets secondaires se sont démultipliés au point que jai cru mourir et que les médecins sinquiétaient presque autant que mes proches. Je me suis dit que si je ne me prenais pas en charge moi aussi en changeant quelque chose dans ma vie, je nen sortirais pas. Jai revu mon mode dalimentation et de fil en aiguille jai écrit mon livre, pressée par des amies qui devant ma métamorphose physique me demandaient les recettes de ma cure de jouvence... Jai limpression dêtre (re)née voici presque trois ans. CJ : Cest troublant dentendre parler de naissance. Pierre Cazenave parle du cancer comme dune « maladie du nourrisson dans ladulte. Les patients expriment une exigence vitale dêtre reconnus dans leur être, pour pouvoir naître en quelque sorte. Comme sils avaient été vus en qualité de nourrisson imaginaire et jamais comme ils sont vraiment au fond deux-mêmes. Investi de telles images, le nourrisson qui est en eux a dû sidentifier à ces images pour survivre et garder le lien avec sa mère. » Vous reconnaissez-vous dans ces dires ? TL : Je ne connais pas le livre, mais la ressemblance est assez forte. Je crois que je représente le beau cas pour les psychologues et pour les médecins, avec mon héritage familial... Javais toutes les chances de me fabriquer un petit cancer ! Jai été une enfant rebelle, colérique, une battante contre tout, dès le lever... On ma traîné chez les psychiatres. A 25 ans, jai pris conscience de certaines choses. En schématisant beaucoup, je peux dire que jétais pour ma mère le vilain petit canard, le bouc émissaire de ses cinq enfants ... et de son mari. Elle adorait son mari mais lavait mis sur un tel piédestal que cette petite fille représentait le côté noir de son mari, auquel justement je ressemblais beaucoup. Heureusement, jai pu parler avec elle dans les larmes et cest moi qui lai veillée durant les mois précédant son décès. CJ : Avez-vous eu besoin dun accompagnement psychologique ? TL : Oui, jai vu successivement deux thérapeutes juste après les chimiothérapies. Lune pratiquait la méthode Simonthon de visualisation, lautre de lhypnose. Mais jétais plongée depuis plus de quinze ans dans lintrospection quasi permanente et dans les livres de psychologie. Jai préféré changer de registre en écrivant mon livre. Un proverbe dit « ta vie sera remplie quand tu auras fait un enfant, planté un arbre et écrit un livre ». Je crois que cétait mon chemin. Deux autres livres vont bientôt paraître : « Régal nature Juniors » sur lalimentation des enfants et adolescents et « Cuisine nature, un régal de vitalité ». CJ : Vous apparaissez indéniablement comme une battante qui mord dans la vie à pleines dents. Comment voyez-vous votre cancer ? Représente-t-il un ennemi à abattre ? TL : Je suis toujours une battante, mais une battante « pour » et plus « contre ». Pendant la première année, jai considéré mon cancer comme une épée de Damoclès. Petit à petit, sans oublier le risque de récidive, je le ressens plus comme le délire dun état-major que jai poussé moi-même à se rebeller, et qui peut le faire à nouveau. Il est une sonnette dalarme pour me rappeler que je dois apprendre à sentir mes limites. Je ne le considère pas comme un ennemi que je devrais combattre : cela signifierait que je dois lutter contre moi-même puisque ce cancer, cest moi ! Je me sens plus dans lacceptation. CJ : A vous entendre, on comprend mieux le titre de votre livre « Cuisine nature ... à toute vapeur ... douce ». Ces trois mots sont à limage de votre vie actuelle. TL : Certainement. Jai opté pour une alimentation saine, équilibrante, à la vapeur douce pour sa rapidité et sa qualité, car nous vivons dans un monde où le temps court très vite. Mais à la vapeur « douce » pour respecter la qualité nutritive des aliments. Et pour respecter la vie, tout simplement. Un rien de sel, un zeste de piment, un nuage de vapeur, une poignée de douceur et beaucoup damour de la vie. Merci à Taty pour ses recettes de vie. « Cuisine nature à
toute vapeur « Loriginalité de ce lire se résume comme suit.
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